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Sur les pas des peintres: partie 1

Savez-vous quel peintre a peint la campagne Vernonnaise ? J’entends un « Monet » au fond ! C’est vrai, mais ce n’est pas le seul. La campagne normande a su séduire plus d’un peintre. Pierre Bonnard fut l’un d’entre eux, il s’installa dans sa maison « ma roulotte » à Vernonnet et y peignit des tableaux d’une grande richesse.

Qui est Pierre Bonnard ?

Pierre Bonnard est un peintre (décorateur, illustrateur, lithographe, graveur et sculpteur) français. Il détient un esprit à la fois modeste et indépendant, il se met très tôt à dessiner et à peindre. Il participe à la fondation du groupe postimpressionniste des nabis, qui entendent exalter les couleurs dans des formes simplifiées. Vénérant toutefois les impressionnistes, Bonnard va tracer son chemin personnel à l’écart des avant-gardes qui suivront : fauvisme, cubisme, surréalisme. Il produit énormément et connaît le succès dès le tournant du siècle. Grand voyageur amoureux de la nature, il se retire volontiers dans sa maison de Normandie nommée La Roulotte.

Construite en 1903 par le peintre Hippolyte Camille Delpy, la Roulotte est louée en 1910 par Pierre Bonnard. Il l’achète en 1912 et la conservera jusqu’en 1938. Située rive droite en aval de Vernon au lieu dit Ma Campagne, cette maison domine la Seine et de très nombreuses oeuvres ont été réalisées à partir de la maison.

Bonnard découvre aussi la lumière du Midi : gardant un pied à Paris, il s’installe en 1927 au Cannet, avec Marthe, sa compagne et son modèle durant près de cinquante ans.

Bonnard est un peintre sensible qui dépeint la moindre nuance dans ces œuvres. Il cherche à rendre le moment présent dans toute sa splendeur, plutôt qu’à rendre une image froide et détachée.

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Dans son « Vase de fleurs » peint entre 1914 et 1915, Bonnard, donne à voir un feu d’artifice de fleurs colorées s’échappant d’un vase blanc à décor de cerises. Elles répondent aux coquelicots présents dans le bouquet, en pétales sur la nappe. Une harmonie de rouge qui électrise toute la toile. Des masses de larges feuilles vertes semblent déstabiliser cet humble assemblage de fleurs des champs. Cela n’est qu’une impression fugitive, comme très souvent chez Bonnard : des tiges fleuries s’élancent à gauche de la composition. Sa peinture est libre, comme dissoute dans l’atmosphère, surgissant par la seule magie de l’artiste.

Le peintre écrit à Matisse, « dans mes promenades du matin, je m’amuse à définir les différentes conceptions de paysages, paysage “espace”, paysage intime, paysage décoratif », et note dans son agenda le 8 février 1940 : « Paysage à espace avec fonds intéressants, paysage intime avec objets expressifs, paysage avec effet de lumière prédominant. » La dimension du support doit s’adapter à son humeur du moment : « Je travaille toujours sur une toile libre, d’un format plus grand que la surface choisie pour peindre, ainsi je peux modifier », confie-t-il.  On peut supposer que ce bouquet a été observé dans un cadre précis, ce qui n’est pas toujours le cas : il est tellement imprégné des moindres détails de son univers, des lieux, des paysages ou des intérieurs qu’il peut les susciter des années plus tard…

Bonnard n’a pas la foi en lui-même d’un Matisse ou d’un Picasso. Il traverse de grandes périodes de doute, même de dépression. Il continue cependant, pour ses paysages et ses natures mortes, à travailler sur plusieurs tableaux à la fois, entreprenant des versions d’un même sujet, toujours dans un esprit de confrontation. « Je ne suis d’aucune école. Je cherche seulement à faire quelque chose de personnel », affirmait-il. Un peintre en liberté.

Et si on parlait du mouvement Nabi ?

Le mouvement nabi se forme en 1888, c’est la rencontre de 5 jeunes artistes, disciples de Paul Gauguin. Ce sont d’abord de jeunes peintres symbolistes passionnés d’ésotérisme et de spiritualité. Ce mouvement réunit à l’origine Paul Sérusier, Maurice Denis, Pierre Bonnard, Ker-Xavier Roussel et Paul-Elie Ranson. Ils seront rapidement rejoints par Edouard Vuillard et quelques autres artistes. Nabis, signifie prophète en Hébreu, ce qui traduit leur quête de spiritualité et le renouveau de leur esthétique. Ils prônent un retour à l’imaginaire et à la subjectivité. Le groupe éclate vers 1900 et chacun prend de voies différentes. Bonnard lui, poursuit dans la direction des Nabis et sera qualifié de « Nabi japonard » en raison de sa palette de couleurs et des sujets de ses œuvres.

Terrasse à Vernon – Pierre Bonnard

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Bonnard a toujours gardé dans son cœur dévotion et amour pour la Normandie, comme en témoignent ses paysages dédiés à notre belle région. Deux œuvres se distinguent par leur monumentalité : « Terrasse », où la majeure partie de la composition est consacrée à la végétation représentée sur la toile au hasard et subjuguant presque toute l’intrigue, et « Terrasse à Vernon » (1928) une image où les hommes et la nature occupent une position égale.

La dernière œuvre, particulièrement mystérieuse contient beaucoup d’euphémismes et, à bien des égards, l’auteur invite le spectateur à chercher lui-même des réponses aux questions.

Sa Marthe a pris une pomme dans un vase et tient le fruit dans ses mains, et ce geste peut être lié au Pomona ou au Pramater de la race humaine : Eve. Mais que veut-il dire ? Les figures des jeunes filles sont dotées du même mystère, dont l’une tient un panier de prunes et l’autre une raquette de tennis. Pourquoi l’auteur a-t-il doté une figure sportive d’une joueuse de tennis, dont le corps respire l’énergie et la jeunesse, du visage d’une femme mûre qui a vu beaucoup de choses dans sa vie ?

Bien que dans les deux œuvres, Bonnard ait utilisé des techniques décoratives rapportant à sa période Nabi, l’atmosphère des peintures est sensiblement différente. L’utilisation de la palette de couleurs utilisée, ainsi que la technique de création de cette œuvre, donnent à la toile une sensation de sud chaud français. Certainement l’été fût-il plus chaud à Vernon cette année-là, rappelant au peintre ces étés au Cannet.



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